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L’accouchement….un rite de passage

Le terme « accoucher » a longtemps désigné « se mettre au lit, se coucher » avant de désigner l’acte de mettre un enfant au monde.

L’accouchement est un rite initiatique de mort/renaissance dans lequel la fille de sa mère meurt pour devenir la mère de son enfant, et en même temps qu’elle donne vie à son enfant, la mère lui annonce de ce fait sa mort dans un avenir lointain.

 

Le terme « accoucher » a longtemps désigné « se mettre au lit, se coucher » avant de désigner l’acte de mettre un enfant au monde.

L’accouchement est un rite initiatique de mort/renaissance dans lequel la fille de sa mère meurt pour devenir la mère de son enfant, et en même temps qu’elle donne vie à son enfant, la mère lui annonce de ce fait sa mort dans un avenir lointain.

Ainsi, vie et mort sont intriqués dans cet acte de donner la vie. Mettre au monde est aussi un rite de passage de la mère en devenir d’un bébé imaginaire à celui de mère d’un bébé réel, en chair et en os, qui la fait entrer dans la communauté des mères.

Il en résulte une profonde transformation dans cette œuvre qu’est l’accouchement, source de remaniements identitaires, relationnels et générationnels. L’accouchement a longtemps été une affaire de femmes, d’ailleurs le terme obstétrique vient du latin « obstetrix » qui veut dire sage-femme.

Dans les sociétés traditionnelles, ces rites sont accompagnés par les ascendantes, celles qui possèdent l’art d’accoucher car, accoucher est un art puisqu’enfanter est une création qui n’a rien d’égal par ailleurs. Dans certaines coutumes, il y a même une cérémonie autour du placenta, considéré comme un « double psychique » du bébé, un organe vital du bébé pendant sa gestation, il est enterré et un arbre y est planté au premier anniversaire du bébé. Ailleurs, il est cuisiné et mangé au cours d’une cérémonie avec la famille du nouveau-né.

Dans nos sociétés occidentales où priment l’individualisme, le matérialisme et, par-là, le manque communautaire, ces passages ne sont plus aussi bien accompagnés et célébrés qu’ils devraient l’être.

L’accouchement se banalise, perd de sa dimension sacrée, sans connotation religieuse, perte d’autant plus marquée pour certaines femmes lorsque cette mise au monde n’est accompagnée que des seuls membres de l’équipe obstétricale, sans qu’elles puissent se référer à une figure maternelle, maternante, à un groupe social, sans modèle de référence auquel s’identifier, ou alors avec un modèle de référence mais négatif.

Or, cette période post accouchement est une période sensible où la mère a besoin de se reposer, de chaleur, d’amour et de bienveillance. Pour qu’elle puisse s’identifier à ce nouveau-né, qui est dans une dépendance absolue, le comprendre physiquement et psychiquement, répondre à ses tous premiers besoins, ce que Donald D. Winnicott (célèbre pédiatre psychiatre psychanalyste) appelle la « préoccupation maternelle primaire », pour qu’elle puisse peu à peu évoluer vers une « mère suffisamment bonne », toujours selon D.W.Winnicott, une mère qui soit ni trop longtemps absente, ni trop possessive, ni trop envahissante, dans la capacité de toujours pouvoir répondre aux besoins de son enfant tout en l’aidant à faire face à ses absences et ses sentiments de frustration, pour que progressivement son enfant passe d’une dépendance absolue à une dépendance relative, sans souffrances, il faut que cette mère soit dans un état psychique intègre, qu’elle soit entourée, soutenue, reconnue et valorisée dans sa fonction maternelle.

Le rôle du père revêt une grande importance auprès de la mère pendant la grossesse, l’accouchement et son retour à la maison. La grossesse, nous le savons, n’est pas une maladie, l’accouchement non plus, et pourtant c’est le seul moment de la vie d’une femme qui est médicalisé car dans la très grande majorité des cas, c’est en clinique ou à l’hôpital que cette naissance advient. La grossesse et l’accouchement étant des processus naturels, la femme possède donc en elle tous les moyens (hormones, contractions utérines involontaires) pour permettre la naissance de son bébé et l’expulsion du placenta. Or, l’accouchement est, en général, synonyme de douleurs, les termes pour décrire les différentes phases sont explicites : « dilatation », « expulsion » et « délivrance ».

D’ailleurs, ce sont les douleurs des contractions utérines qui annoncent l’imminence de l’accouchement. Et c’est pour soulager les douleurs liées aux contractions utérines et à l’expulsion que des méthodes d’accouchement sans douleurs ont été importées d’URSS en France, dans les années 50, par le Dr Lamaze, obstétricien à la Clinique des Bluets à Paris. Il était démontré que, de préparer les femmes aux différentes phases de l’accouchement, permettait de briser le cycle peur/tension/ douleur, la peur entraînant une tension des muscles, dont ceux de l’utérus, ce qui engendre de la douleur. Néanmoins, la plupart des femmes accouchaient quand même dans la douleur. Ce n’est que dans les années 80 que la péridurale a été introduite en salle d’accouchement, mais elle n’était accessible qu’aux classes aisées de la population dans un premier temps avant de se démocratiser. C’est ainsi que la méthode médicale a pris le pas sur les méthodes d’apprentissage et d’éducation prônées par les partisans de l’accouchement sans douleur.

Certes, même si la majorité des accouchements se pratiquent sous péridurale, il n’en reste pas moins que gérer la douleur n’enlève pas tout ce à quoi renvoie la mise au monde d’un enfant et le fait de devenir mère, parent : les nombreuses peurs pour soi, le bébé, la peur de mourir, la peur de ne pas y arriver… L’accouchement véhicule aussi de nombreux fantasmes, surtout pour les femmes dont c’est le premier enfant car elles font face à une situation totalement inconnue, à fortiori si elles ont été nourries de discours alarmants, voire dramatiques, à propos de naissances, ou pire, si leur mère a vécu un accouchement difficile pour les mettre au monde. Tout ceci se télescope au moment où elles doivent mettre au monde leur propre enfant L’accouchement s’est technicisé, voire déshumanisé dans des cas extrêmes, pour devenir un acte « prêt à porter » alors qu’il devrait être un acte « sur mesure » qui tiendrait compte des spécificités de chacune dans son histoire et son évolution. Même si dans la plupart des cas, l’accouchement reste un moment d’une exceptionnelle beauté et quasiment indolore, il y a des situations où il peut être traumatisant et entraîner de graves conséquences chez la mère, le bébé et impacter leur relation.

Des études ont mis en évidence que certaines situations obstétricales pouvaient potentiellement entraîner des difficultés maternelles, voire engendrer un syndrome de stress post traumatique, à savoir, un accouchement par césarienne faite en urgence pour souffrance foetale, l’utilisation de forceps, une hémorragie de la délivrance menant à un transfert en réanimation. La césarienne peut donner à la mère le sentiment d’avoir été dépossédée de son accouchement, un bébé trop vite retiré du regard de sa mère entraînera de vives angoisses et des fantasmes si rien ne lui est expliqué, un bébé en réanimation sera difficile à manipuler lorsque les voyants se mettent à clignoter, une mère séparée de son bébé à la naissance aura peur de ne pas le reconnaître…les situations de stress et d’angoisses sont nombreuses.

Il arrive aussi qu’une grossesse et un accouchement qui se soit passés dans de très bonnes conditions entraînent pourtant chez les mères des difficultés existentielles si intenses qu’elles se trouvent dans l’impossibilité de rencontrer cet enfant. C’est le fait même de devenir mère qui peut les bloquer de manière soudaine et inattendue dans leur fonction maternelle pour des raisons personnelles. Chez certaines femmes, accoucher provoque un tel séisme que cela ravive des blessures profondément enfouies, nécessitant une prise en charge rapide.

Cela peut toucher toutes les femmes indépendamment de leur niveau socio culturel. L’accouchement est l’un des événements les plus marquants dans la vie d’une femme et selon la façon dont il se déroule et dont il est vécu par elle, il pourra avoir un impact psychologique et même des conséquences à distance. C’est pourquoi écouter le discours des femmes sur leur histoire, sur le déroulement de leur grossesse et de leur accouchement est souvent d’une grande richesse quand un bébé présente des symptômes ou quand elles présentent une souffrance psychique et des difficultés d’accordage affectif avec leur enfant. Il est aussi intéressant de constater que le vécu des femmes peut être fort différent de celui de l’équipe. Pour les unes, il sera traumatique alors que pour les autres, il n’aura été source d’aucun problème.

Il est bien question de subjectivité et non d’objectivité. Pouvoir dire son vécu, son ressenti, sa souffrance, oser dire son ambivalence à l’endroit de cet enfant qu’on peut regretter d’avoir mis au monde, lui en vouloir… Oser dire l’indicible est le premier pas vers la déculpabilisation, car dire n’est pas faire, dire est différent de passer à l’acte. Oser dire sa difficulté à être mère sans se sentir jugée est très déculpabilisant. Une mère qui va mal, une mère centrée sur ses difficultés existentielles, repliée sur elle-même, absente psychiquement, aura un bébé qui va mal. Car au mal-être de sa mère, le bébé répond par le développement de symptômes (pleurs incessants, regard fuyant, hypotonie, troubles de l’alimentation, de la digestion, du sommeil…) voire par un retard de développement pour tenter d’entrer en communication avec elle, pour la forcer à s’occuper de lui, aussi pour attirer le regard de l’entourage sur elle, tout cela de manière inconsciente.

Ces bébés que certains appellent des « petits cliniciens » viennent dire par leurs maux les mots que leur mère n’arrive pas à formuler. Le bébé reste donc le meilleur indice de l’état psychique de sa mère et de la relation qu’elle a établie avec lui. Mais, si tous les soins sont portés sur le seul bébé, cela n’aidera pas la mère à se sentir mieux car cela renforcera au contraire sa culpabilité et son sentiment d’être disqualifiée dans sa fonction maternelle. Entendre sa souffrance sans la juger, l’aider à trouver du sens à la lumière de son histoire infantile sans qu’elle en ait forcément conscience, pourra l’aider à devenir mère. Ecoutée, entendue, soutenue, comprise et entourée, la mère pourra rétablir ce rendez-vous manqué avec son bébé et ainsi rattraper ce qui n’a pu se vivre au moent de la naissance.

Le lien peut s’établir à tout moment pourvu que l’on prête attention à tous les signes évocateurs d’une difficulté maternelle. Prendre soin du versant psychique de la maternité est donc tout aussi important que le versant physique. Repérer et prendre en charge précocement les signes d’une souffrance psychique maternelle peut rapidement empêcher le cercle vicieux de la contagion de la mère à son enfant, et éviter ainsi les dérives maltraitantes qui peuvent potentiellement advenir.

Et pour reprendre les mots d’un célèbre médecin Jean-Marie Delassus, père de la Maternologie, discipline orientée vers la prise en charge des difficultés maternelles précoces de la mère, de son bébé en y incluant le père afin de favoriser une adaptation harmonieuse à la vie de son bébé, « On ne naît pas mère, on le devient ». Le « mal de mère » est donc à prendre très au sérieux.

 

Jannick Achour

Psychologue-Sexologue pour

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 Source image : Flickr

 

 

 

 

 
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